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Réponse de La Parole Libérée à "Eglise à Lyon"...

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Réponse de La Parole Libérée à "Eglise à Lyon"...

Message par Pierre FONTANARI le Sam 15 Oct - 19:54

Affaires Preynat et Barbarin : la myopie de l’Eglise de Lyon



Dans son dernier numéro, daté du mois d’octobre 2016, le magazine « Eglise à Lyon » livre à ses lecteurs « un point d’étape » sur l’Affaire Preynat. Un point d’étape sobrement intitulé « Ce qu’il faut savoir »… Un titre sur lequel nous reviendrons un peu plus loin (cf. fichier pdf joint à ce message).
Du « magazine mensuel de l’actualité diocésaine », dirigé par les services de communication du Cardinal Barbarin, « La Parole Libérée » n’attendait certes pas un traitement impartial de l’information.
Mais le nombre d’inexactitudes, d’omissions et de contre-vérités contenues dans les 12 paragraphes que comprend cet article – et qui correspondent à autant de questions posées, semble-t-il, par des catholiques Lyonnais - nous a semblé tellement élevé qu’il a appelé une réponse de notre part.

***


Au commencement était le choix du titre et de l’emplacement de ce qui peut s’apparenter à un véritable vadémécum. Placé dans la rubrique « REGARD » du magazine, ce dernier s’intitule « Affaire Preynat : ce qu’il faut savoir ». Sans pouvoir prétendre être des spécialistes de l’analyse de texte ou de l’exégèse, ces deux choix nous semblent particulièrement révélateurs. La rubrique, tout d’abord, annonce sans ambiguïté que ce qui va suivre ne peut être considéré comme le simple exposé, dénué de parti pris, des révélations qui troublent la tranquillité du Diocèse de Lyon depuis près d’un an. Bien au contraire, et cela a au moins le mérite de la clarté (tellement rare dans le traitement de l’information opéré par les autorités diocésaines), il est limpide que les faits vont être vus au travers du regard des services de communication de l’Archevêque de Lyon. Un regard toutefois quelque peu troublé comme au levé d’une nuit sans sommeil. Nous y reviendrons. Le titre, quant à lui, achève de donner la sensation que l’on s’apprête à lire un article de propagande : « ce qu’il FAUT savoir ». Ce qui est écrit contient donc LA vérité. EST la vérité. En tous cas celle de l’Eglise de Lyon. Et le lecteur, membre de ce grand corps un peu convalescent, si ce n’est malade, ferait bien de s’en souvenir. Le diocèse lui offre les clefs du décryptage du grand mensonge dans lequel sont en train de s’enferrer des victimes qui étaient déjà au moment des faits des enfants pas très normaux, éduqués par des parents démissionnaires incapables de remplir correctement leur mission « régalienne » de protection, alors vous pensez bien que maintenant, ils n’ont pas dû s’arranger, hein !, n’est-ce pas… En même temps, le rédacteur, anonyme, de cet article ne ferait que répondre « aux nombreuses questions posées par [les] lecteurs »… Et ce sont ces mêmes supposées questions qui ont été reprises pour structurer cet article. Après lecture, il nous semble en manquer au moins une : « Le Cardinal Barbarin a-t-il pensé démissionner de ses fonctions ? ». Ou encore « Le Cardinal Barbarin pense-t-il rendre sa légion d’honneur ? »… Mais de Mgr Barbarin il ne saurait véritablement être question : cet article s’intéresse à l’ « affaire Preynat ». D’affaire Barbarin il n’y a pas. Tout est dans le titre…
A présent, venons-en au texte lui-même, que nous allons devoir reprendre presque point par point. En fait, seul la première question posée au sujet du calendrier judiciaire ne nécessite pas de retour de notre part…
Ainsi, Il nous semble que l’axe choisi pour répondre à la seconde question (« Comment expliquer ce classement sans suite ? ») n’est pas le bon. Mais encore une fois, cela n’est pas surprenant. Le regard porté sur l’affaire souffrant d’un défaut de parallaxe. En effet, si rien de ce qui est indiqué n’est faux, la réponse semble « en dehors des clous ». Mais là, le rédacteur a pris ses précautions : c’est le procureur de la République qui parle à travers lui (voilà qui nous rappelle quelque chose…). Sur la « non dénonciation » et « la mise en danger de la vie d’autrui », rien n’est dit du contexte temporel de la révélation des faits. Ou plus exactement, c’est l’année 2014 qui est choisie pour être mise en avant. Ce qui est commode. En effet, le plaignant concerné est aujourd’hui un « quadra ». C’est donc un « grand garçon » qui aurait dû porter plainte devant la justice civile au lieu d’exposer les faits au Cardinal… Mais, sauf si nous n’avons pas bien saisi la motivation des victimes à déposer plainte contre Mgr Barbarin pour ces délits, il nous semble que la période visée était celle qui avait couru DEPUIS QUE ce dernier avait été informé des travers du Doyen Preynat… Car en ne prenant pas les mesures adéquates – prévues par le Droit Canon (il faudrait quand même que cela soit dit un peu plus souvent et un peu plus fortement) – à l’encontre d’un prêtre pédophile qui LUI AVOUE ses fautes, le Cardinal (1) se rendait coupable, a minima d’un point de vue moral, de non dénonciation, (2) mettait en danger la vie d’enfants susceptibles de croiser la route d’un pédocriminel dont la sincérité du repentir n’avait été jugée que par un seul homme, l’Archevêque de Lyon lui-même… Ce que la réponse apportée par « L’Eglise à Lyon » omet, c’est tout simplement que l’enquête préliminaire a abouti au fait que le délai de prescription de trois ans, prévu par la loi pour le délit de non dénonciation, étant largement dépassé (dès lors qu’il a été retenu par le Procureur de la République que les délits de Preynat avait été portés à la connaissance de Mgr Barbarin entre 2005 et 2010 – voir plus loin), ce délit ne pouvait être retenu. Victoire sur tapis vert, comme il est dit dans d’autres milieux. Pas de quoi pavoiser, ni laisser entendre que la victime dont il est question dans ce texte ne doit en définitive s’en prendre qu’à elle-même si justice ne peut être rendue. Mais de cette volonté de culpabiliser les victimes – qui manque singulièrement de hauteur et de classe - nous commençons à avoir l’habitude. Enfin, à nouveau rien n’est dit sur le fait que Preynat ayant pu récidiver, il aurait été d’une prudence élémentaire d’agir autrement qu’en croyant en la parole d’un homme qui semble avoir agi en toute impunité pendant 20 ans. Mais l’Eglise n’aime pas le doute…
La réponse à la question « Comment cette décision a-t-elle été accueillie ? » est à l’avenant. Elle sous-entend que la décision de classer sans suite l’enquête préliminaire qui avait été ouverte à l’encontre du Cardinal Barbarin exonère ce dernier de toute responsabilité alors qu’elle ne s’appuie que sur le délai de prescription ! Le rédacteur ose qualifier les débats de ces derniers mois de «parfois mensongers » alors même qu’il est en train de transformer la vérité (euphémisme) à l’avantage de l’homme qu’il sert. Mais, après tout, répétons-le, cet article entend dire ce qu’il FAUT que le lecteur sache et ne prétend pas à d’autres vérités que celle qui arrange les affaires du Cardinal… En fait, pour répondre à la question posée, il nous semble qu’il aurait été plus simple de dire « Ouf ! Une fois de plus, grâce à Dieu, les faits sont prescrits ! »…
L’article se penche ensuite sur le débat moral appelé de ses vœux par La Parole Libérée. Une fois de plus, la réponse apportée nous semble bien peu en rapport avec l’importance de l’enjeu. En effet, le rédacteur se contente de rappeler la demande de pardon faite aux victimes ainsi que le mea culpa du Cardinal, pour finir par un petit « tacle » contre ses prédécesseurs. En ce qui concerne la demande de pardon, nous souhaitons rappeler que, si elle a été qualifiée de « publique », elle a été réalisée au cours du sermon de la messe chrismale du 23 mars 2016 (au passage, 5 mois après que l’affaire Preynat ait ré-émergé dans le diocèse, ce qui peut paraître très tardif…). Etonnant que, conseillé par un cabinet expert en communication de crise, ce média, n’intéressant que les Catholiques pratiquants, ait été choisi… Il aurait été beaucoup plus simple que Mgr Barbarin donne une interview auprès d’un grand quotidien, comme le Progrès de Lyon par exemple, ou bien encore se fende d’un « communiqué de presse » (l’un n’empêchant pas l’autre par ailleurs). Car après tout quel journaliste peut, a priori, être intéressé par le sermon d’un Cardinal ? Mgr Barbarin a eu une sacrée chance que l’info soit reprise et que son « pardon » soit rendu publique… Quant à l’interview données au Figaro au mois de mai 2016, elle ne fait que renforcer l’impression d’un manque cruel de sagacité de la part de l’Archevêque de Lyon qui semble, enfin, réaliser que la « responsabilité [portée par l’Eglise] à l’égard des victimes doit désormais s’appliquer à tous les cas, aussi anciens soient-ils. ». Cet homme est-il sérieux ? Il lui aura fallu 10 ans pour comprendre que derrière les actes avoués par Preynat - mais non sanctionnés… -  il y avait des êtres encore en souffrance ? Il ne s’était donc jamais posé la question ? Ne nous dites pas qu’il pensait que pouvait s’appliquer la vieille devise de la Légion Etrangère « pas vu pas pris » tout de même ? Enfin, les dernières lignes de ce 4ème paragraphe restent fidèles à la ligne de communication mise en place par le diocèse depuis le début de « l’affaire Preynat ». Il y aurait un avant et un après Barbarin. Avant, Mgrs Decourtray, Balland et Billé ont traité le dossier d’une manière « impensable aujourd’hui ». Après, Mgr Barbarin a traité, comme il le fallait, les cas de deux prêtres fautifs. On oublie juste, encore une fois, son silence depuis sa prise de connaissance « officielle » du cas Preynat. Si l’on imagine qu’il a été informé entre 2005 et 2007, qu’a-t-il fait alors ? Appliqué le Droit Canon ? Sinon, les décisions prises par la Conférence des Evêques de France (CEF) depuis 2000 suite à l’affaire Pican? Non… Rien de tout cela. Il a fait confiance au Père Preynat, a ajouté un petit mouchoir supplémentaire sur son dossier et a même fini par le nommer Doyen en 2013… Lorsque LPL entend demander que soit ouvert un débat moral, c’est bien de cela qu’il s’agit. Ce débat est nécessaire afin qu’à terme, les tergiversations de toutes sortes ne soient plus possibles. Que l’Eglise Catholique et Romaine, qui se positionne en détentrice de codes moraux supérieurs à ceux dont se dote la société civile - comme les autres religions, d’ailleurs – aille au-delà des annonces et mette enfin des actes en face des grands principes : en fait, qu’elle fasse preuve de courage ! Que ses responsables appliquent le Droit Canon et n’aient pas peur du scandale. Au contraire qu’ils voient dans la publicité faite à leurs actions un moyen de rendre leur Eglise crédible aux yeux du monde profane. Lorsque l’on entend les récents propos de Mgr Vingt-Trois nous ne pouvons que réaffirmer l’importance de l’ouverture de ce débat, qui ne concerne, d’ailleurs, pas seulement l’Eglise mais la société toute entière.
Sur les « principales mesures prises par le diocèse de Lyon en matière de lutte contre les agressions sexuelles », nous avons déjà eu l’occasion de dire par ailleurs combien elles semblaient tardives et peu innovantes. Elles s’appuient sur celles annoncées par la CEF en avril 2016. S’il est bien de redire « la nécessité que les victimes ou leur famille portent plainte en cas de faits répréhensibles », cette petite phrase peut sembler dédouaner l’Eglise en cas d’hésitation des victimes à déposer plainte. Car elle omet le rôle que les autorités religieuses se doivent jouer auprès de ces dernières pour les convaincre de porter plainte, ainsi que leur possibilité d’agir de leur côté, notamment dès lors que les aveux n’ont pas été reçus en confession… Quitte à nous répéter, le Droit Canon a déjà tout prévu depuis longtemps…
Sur la question du rôle joué par le cabinet Vae Solis, expert en « communication de crise », le 6ème point prête à sourire. On y apprend que ce cabinet a été sollicité pour répondre aux journalistes tant les sollicitations étaient nombreuses… On se souviendra des images de France 3 montrant un Cardinal Barbarin fuyant à travers la Basilique de Fourvière alors qu’une journaliste essayait d’obtenir des réponses à ses questions. Ceci s’est déroulé au début de l’affaire Preynat (février 2016). Les sollicitations n’étaient alors pas si nombreuses. Mais l’image révèle l’inconfort dans lequel se trouvait le Cardinal alors que la communication attendue de sa part était pourtant simple. Reconnaître au plus vite la légèreté avec laquelle le cas Preynat avait été traité par ses prédécesseurs et par lui-même. Présenter ses excuses aux victimes et les assurer de son soutien. Peut-être même – nous sommes de grands rêveurs - annoncer que le diocèse de Lyon soutenait l’action en justice de LPL, qu’il se portait partie civile, qu’il dénonçait la détermination de l’accusé à faire jouer la prescription malgré ses aveux… Au lieu de cela : la fuite, le silence… Certes. On pouvait imaginer que trouver le bon angle de communication était alors malaisé. Après tout, faire montre d’empathie pour les victimes, s’excuser et faire acte de contrition publiquement cela demande du courage. Un courage qu’il faut aller chercher dans la prière, certes, mais aussi auprès de ses pairs. Nous pensions donc que le Cardinal, décrit comme un homme intelligent, créatif et courageux par le pape lui-même, se révèlerait fidèle à sa réputation. Inutile de dire combien la stratégie de communication adoptée lorsqu’il consentit enfin à parler nous sembla d’une extrême maladresse. La montagne Barbarin avait accouché d’une souris, d’un tombereau de lisier, pour être plus exact. La conférence de presse donnée à Lourdes le 15 mars 2016 est dans toutes les mémoires. Elle fut un florilège de petites phrases à destination des futurs juges et non des victimes. Une communication orchestrée par Vae Solis, mais comprenant tout de même quelques incohérences ou erreurs. Incohérence, lorsqu’il considère encore comme des prêtres ceux qui se rendent coupables d’actes de pédophilie, semblant oublier que seuls sont sensés accéder à la prêtrise ceux qui se distinguent par leur vertu. Erreur, lorsqu’il laisse échapper le trop célèbre « la majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits… ». Comme quoi, même la meilleure des sociétés de contre-communication ne peut prévoir les dérapages de son client. Même si nous passons outre ce lapsus linguae, faire appel à un tel cabinet était le signe du malaise qui régnait au Diocèse de Lyon, un malaise dû au peu d’assurance montrée par le Cardinal quant à la ligne à adopter. Une ligne pourtant fort simple, ainsi que nous l’avons rappelé plus haut. Comme l’ont fort justement indiqué les Amis de la Communauté Hellénique de Lyon sur leur Blog « Vae solis signifie malheur à celui qui va seul. Pourtant, il y a un proverbe français qui dit : Mieux vaut être seul que mal accompagné. Monseigneur Barbarin devrait se méfier des mots pris hors de leur contexte et se rappeler que vae solis qui malos eligunt adjutores (malheur à l'homme seul qui choisit de mauvais alliés) ». En effet, à 2000 euros la journée de conseil (selon l’estimation de France 3) on aurait pu attendre un discours un peu mieux maîtrisé… A ce propos, nous avons été ravis d’apprendre grâce à « Eglise à Lyon » que le coût de ces conseils avait été pris en charge par des donateurs – pourquoi pas – mais également par… des assurances… Il existe donc des assurances qui garantissent contre la présence de prêtres pédophiles dans les diocèses, ou plutôt contre les erreurs de jugement des Evêques ne connaissant pas leur Droit Canon, ou récompensant les travers de leurs prêtres en leur confiant des titres honorifiques… A la place des assureurs concernés nous relirions avec attention les alinéas écrits en police 7, tout en fin de contrat, et, ce qui serait encore plus prudent de leur part, nous augmenterions les primes d’assurances de façon significative, en prévision des scandales à venir…
De date il est encore une question au point 7 de l’article. De mensonge aussi : « le cardinal aurait donc menti ? ». En janvier 2016, donc, le Cardinal Barbarin précise qu’il a entendu une victime de Preynat pour la première fois en 2014. Ne jouons pas sur les mots. Comment ne pas penser, en effet, qu’il veut signifier que ce n’est qu’à cette date qu’il a été informé des turpitudes de son Doyen ? Las ! 2 mois plus tard, et après un silence pesant, il révèle enfin qu’il en avait été averti dès 2007 mais « sans qu’aucun fait précis ne lui soit rapporté » d’après le rédacteur d’ « Eglise à Lyon ». Si ce dernier cherche de la précision – ce qui est préférable lorsque l’on prétend dire à ses lecteurs ce qu’il FAUT savoir – nous pouvons le renvoyer à l’interview donnée à RCF par son Cardinal, interview dans laquelle il explique avoir téléphoné à Preynat afin, dixit, de lui demander « comment de telles horreurs [avaient] pu se produire ? » ? Les aveux qu’il entend de la bouche même du prêtre ne suffisent-ils pas, alors, pour qualifier les faits de « précis » ? Et le rédacteur de faire à nouveau montre de ses talents de gymnaste. Quelle belle pirouette en effet que de faire dire à Isabelle de Gaulmyn « qu’il n’y a aucun mensonge de la part du Cardinal Barbarin ». Ite Missa Est : Monseigneur ne peut pas mentir. Sauf que la phrase de la journaliste de La Croix concerne le souvenir de la date de la révélation des faits : 2005 d’un côté contre 2007 de l’autre et non la probité du Cardinal dans le contexte global de l’affaire Preynat. La tournure, une fois de plus, est équivoque, destinée à rassurer le lecteur pour ne pas dire : le tromper. Que penser également du fait que des bruits aient pu circuler avant même la conversation entre I. de Gaulmyn et l’archevêque de Lyon ? Cela est présenté comme une certitude par le rédacteur de l’article. Faut-il comprendre que Mgr Barbarin n’a pas cherché à vérifier ces bruits ? Ce qui serait particulièrement grave. D’autant que, quitte à nous répéter, le Droit Canon, dans ses textes, et l’Eglise de France, dans ses déclarations tout du moins, disposent depuis le début des années 2000 de l’arsenal « législatif » pour agir. Il conviendrait de ne pas l’oublier, ce que semblent faire assez facilement les autorités du diocèse de Lyon.
La réponse à la 8ème question nous livre un nouveau mensonge et permet d’éclairer, selon les propos même du rédacteur, la hiérarchisation des priorités données aux demandes d’audiences papales. Ainsi, en omettant d’indiquer que des victimes, membres de La Parole Libérée, avaient demandé à rencontrer le Pape François PAR COURRIER avant même que la presse ne présente une copie de ce dernier, cet article accrédite la thèse selon laquelle LPL regroupe des iconoclastes, provocateurs, sans aucun respect pour les protocoles et autres étiquettes. « On ne demande pas d’audience par voie de presse » ! Nous n’y aurions pas pensé si le père Lombardi – communiquant habile à porter le discrédit sur les importuns – ne nous l’avait rappelé. Pour information, une victime avait fait une demande « en bonne et due forme » quelques mois auparavant sans qu’une plus grande attention y soit portée par celui qui se fait le chantre de « la tolérance zéro ». Mais visiblement, une victime de prêtre pédophile peut rencontre un membre de la cellule de protection des mineurs alors qu’un milliardaire et un labrador peuvent prétendre accéder directement au Saint Père. A méditer.
Le 9ème point de cette tribune semble rendre hommage aux victimes. Il y est question de réparation, de soin, de collaboration, de dialogue… Nos informations nous laissent à penser que ce paragraphe, comme tous les autres d’ailleurs, vise à rassurer le paroissien qui aurait encore quelques hésitations à croire que le diocèse a agi comme il le fallait dans cette affaire. En effet, il semblerait qu’aucune des victimes ayant été à un moment donné en contact avec le Cardinal ou l’un de ses proches n’ait eu de nouvelles depuis le mois d’août. Il y a mieux pour renouer le dialogue. Alors certes, il est fait mention d’une « journée de prière et de jeûne dans laquelle le diocèse de Lyon s’engagera de tout cœur ». Cette journée de prière aura lieu le 7 novembre prochain. Bon… Elle a été instaurée par la Commission Pontificale pour la Protection des Mineurs. Seule la date est de la responsabilité de la Conférence des Evêques de France. Sans vouloir faire montre de mauvais esprit, voilà qui paraît d’un autre âge et plus digne d’un cautère sur une jambe de bois que d’une frappe chirurgicale... A quand la procession de pénitents avec caperutxa et mantilles ? Un espoir demeure toutefois, que la date ait été choisie en fonction du dicton populaire normand qui dit « À la Saint-Ernest, abats les pommes qui te restent »… Car il serait bon que les pommes pourries, que certains ont laissé s’accrocher aux branches de l’Eglise, soient une bonne fois pour toute forcées de s’en détacher.
Le paragraphe 10 est une merveille de xyloglossie ! En effet, pour notre cher rédacteur, si le Cardinal a si spontanément rendu grâce à Dieu que les faits soient prescrits du point de vue de la justice pénale, c’était pour souligner que « les faits reprochés au P. Preynat ne s’étaient pas reproduits depuis 1991 » et aussi pour « expliquer que si les faits reprochés au P. Preynat s’avéraient prescrits aux yeux de la justice française, il demanderait la levée de la prescription canonique de façon qu’une sanction puisse être posée. »… Mais comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt… Voici à présent le Cardinal Barbarin doté du don de double vue : il est absolument sûr que le P. Preynat n’a pas succombé de nouveau à la tentation depuis 1991 ! Qui plus est, semble avoir retrouvé son manuel de Droit Canon (celui-là même qu’il avait égaré depuis 2005 ou 2007 : il ne s’en souvient plus très bien…). Et alors qu’il n’a pas sanctionné Preynat pendant environ 10 ans quand bien même ce dernier lui avait avoué ses fautes, aujourd’hui il serait prêt à agir, s’il le faut, en lieu et place d’une justice pénale défaillante… Serions-nous encore des enfants que nous croirions peut-être en cette explication. Mais il y a longtemps que nous ne croyons plus que ce soit la marmotte qui plie le chocolat dans le papier d’aluminium… Et puis, qu’est-ce qui justifie le fait de ne pas lancer cette procédure dès maintenant ?
La réponse à la question 11 n’est, quant à elle, pas des plus rassurantes quant à la volonté de Rome de « prendre les choses main ». En effet, depuis la demande que le Cardinal dit avoir transmise au Saint Siège afin de réclamer « la levée de la prescription canonique », aucune suite n’a pour l’heure été donnée. Etrange conception de la tolérance zéro…
Enfin, cet article s’achève sur un avertissement donné aux médias qui seraient responsables, par leur manque d’humanité ou encore par le non-respect de la sphère privée, du suicide d’un dominicain mis en cause le 3 mars dernier pour abus sexuels sur un mineur de 14 ans. Mais, me direz-vous, comment pouvons-nous savoir qu’il s’agissait d’un dominicain alors qu’« Eglise à Lyon » de le précise pas ? Tout simplement parce que nous avons lu le communiqué du 4 mars 2016 diffusé par… Lyon.catholique.fr ! Ce dernier indique en effet qu’un dominicain a été mis en examen et suspendu de ses ministères en prenant la peine de préciser que « quoique ce religieux ne soit pas placé sous la responsabilité du diocèse de Lyon, le Cardinal Philippe Barbarin s’est assuré auprès de ses supérieurs dominicains qu’il soit suspendu de tous ses ministères en attendant la décision de justice ». Un peu plus loin on apprend que la plainte vise un membre de la communauté d’Evreux. Certes, aucun nom n’est donné, mais on a tout de même l’impression que l’Archevêque de Lyon s’est senti soudainement obligé de faire du zèle et de communiquer sur son action « anti pédophile », sans ambiguïté. En indiquant l’ordre et la communauté d’appartenance de ce religieux, le communiqué de Lyon.catholique.fr n’est-il pas en partie responsable de la suite tragique de cette affaire ? Mais peut-être est-ce le rédacteur de ce communiqué qui est le journaliste « humble et courageux » mentionné par « Eglise à Lyon » ? Si cela devait être, ce serait une nouvelle fois la preuve que la communication est loin d’être un sujet maîtrisé au sein du diocèse de Lyon.
De quelle manière conclure la « relecture » de cette tribune, dont le contenu nous a semblé, une fois de plus, partisan ? Nous aurions pu envisager un angle évoquant la foi. Celle de certaines des victimes qui aujourd’hui sont montrées du doigt au sein de leur communauté pour avoir osé libérer leur parole. Montrées du doigt par les mêmes qui auront, sans doute, été rassurés par la lecture du numéro d’octobre d’« Eglise à Lyon » qui leur aura livrés un beau numéro de communication sur le ton de « tout est sous contrôle » ; « notre bon cardinal n’a pas menti et il est innocent de tout ce qui lui est reproché : voyez : c’est la justice des hommes qui le dit, celle là-même qui les victimes ont appelé de leurs voeux ! » ; « les victimes, d’ailleurs, elles auraient pu se réveiller un peu plus tôt, non ? Mais l’archevêché dans sa grande compassion (miséricorde ?) les invite au dialogue. Il leur appartient de saisir cette main tendue… » ; « et puis voyez les nouvelles mesures proposées : l’Eglise est une maison sûre aujourd’hui… ». Rassurés, certains le seront sans doute parce qu’ils auront lu ce qu’il FAUT qu’ils sachent. Rassurés, en fait, d’apprendre que tout ce qu’ils avaient pu entendre depuis quelques mois était de l’ordre du ragot, de la demie-vérité voire du mensonge. Rassurés de savoir que tout est finalement sous contrôle dans le diocèse de Lyon… Ce n’est pas que nous prenions plaisir à souhaiter les inquiéter, mais nous les encourageons à aller au-delà des apparences. A confronter les versions. Bref, à raisonner par eux-mêmes, sans prendre pour argent comptant une parole qui prétend leur dire ce qu’il FAUT qu’ils sachent. La parole Libérée, alerte, dénonce, pointe du doigt mais laisse son libre arbitre à chacun. Elle n’entend rien imposer. Seulement, modestement, éclairer quelques consciences. Oui… nous aurions pu envisager de conclure sur ce mode ci. Mais, finalement, comme nous sommes aussi têtus, nous avons décidé de simplement inciter le lecteur à méditer de nouveau les paroles du pape François à son retour du Mexique : « Tout évêque qui replace un prêtre qu’il sait pédophile est un inconscient et le mieux qu’il ait à faire est de présenter sa démission. ». Oui : méditer sur ce qui pourrait expliquer qu’en matière de pédophilie puissent exister deux poids, deux mesures.

Pierre FONTANARI
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Le message suite au numéro d'octobre d'Eglise à Lyon

Message par Christiane GRIMONPREZ le Mar 18 Oct - 20:16

Merci d'avoir analysé finement l'article d'Eglise à Lyon qui m'a consterné au plus au point. J'ai honte de ce diocèse qui est le mien. Je ne comprends pas qu'un service diocésain puisse faire paraître ou laisser paraître un pareil article (Il y a une bonne dizaine d'année, j'étais chef de service dans le diocèse de Lyon). En fait, il est fort probable  que cet article, pas signé, soit écrit par une personne ou une officine "aux ordres" ou tout simplement dépourvu du moindre sens critique ; le service de la communication n'exercerait plus de contrôle sur ce qu'il publie que cela ne m'étonnerait pas. Je crains que beaucoup ne réfléchissent plus ou ne soient plus en mesure de le faire... étant trop prisonnier de l'autorité hiérarchique du Cardinal.

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Re: Réponse de La Parole Libérée à "Eglise à Lyon"...

Message par Pierre FONTANARI le Mer 19 Oct - 15:56

Je vous remercie d'avoir réussi à achever la lecture de mon "pensum" qui me paraît un peu indigeste quand je le regarde de loin!
Effectivement, le traitement me parait vraiment partisan et je crois que cet article aurait mérité de ne pas exister...
Je pense effectivement que la service communication est "aux ordres" - ce qui peut se comprendre, je ne le nie pas - et non qu'il ne contrôle pas ce qui est publié... Au contraire, en fait!

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Re: Réponse de La Parole Libérée à "Eglise à Lyon"...

Message par Reine le Mer 19 Oct - 17:33

Pierre, vos analyses sont toujours très bonnes - article pourri que celui de l'église de Lyon - tous des vendus au cardinal - Ils devraient avoir honte toute cette clique.
Vous avez la tête haute vous, c'est ce qui compte et laissons faire la justice !

Reine

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Re: Réponse de La Parole Libérée à "Eglise à Lyon"...

Message par Pascal 55 le Jeu 20 Oct - 11:31

Non Pierre votre "pensum" ne devrait être indigeste que pour les voix inspirées... du diocèse de Lyon !
Vous avez bien résumé ce qu'il nous faut connaître pour bien comprendre cette situation ambiguë.
Merci d'éclairer notre lanterne par votre superbe travail.
Merci de tenir la barre ferme.
Bien cordialement.
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Re: Réponse de La Parole Libérée à "Eglise à Lyon"...

Message par Bernard JAPIOT le Sam 22 Oct - 13:29


Je vous remercie pour votre éditorial Pierre qui me bouleverse . Cette église qui se veut être comme une famille
accueillante et qui a un mode de gouvernance diabolique dans les faits.
Continuez votre juste combat.
Très cordialement.

Bernard JAPIOT

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Re: Réponse de La Parole Libérée à "Eglise à Lyon"...

Message par Pierre FONTANARI le Dim 6 Nov - 23:16

Avec beaucoup de retard: merci!

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