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Que faire, que dire 50 ans après ?

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Message par OTTAVIANO Rémy le Mer 22 Mar - 9:59

Cela vaut-il la peine de témoigner presque 50 ans après les faits ?
En précisant que les faits ne sont pas terrifiants : j'ai été l'objet d'attouchements sexuels de la part d'un abbé, aumônier du lycée et des scouts, mais je ne me définis pas comme "victime", car je n'ai pas été traumatisé ni blessé.
Mais le souvenir des ces moments est toujours aussi vif dans ma mémoire.
Ma démarche est motivée par le désir de témoigner si, par malheur, un jour, une affaire devait apparaître à propos de cet abbé.
Je n'ai nulle intention de porter plainte ou quoi que ce soit de ce genre, n'ayant pas été "victime" mais seulement "objet".
En fonction de votre réponse, si quelqu'un veut bien me répondre, je vous donnerai plus d'informations : date, lieux, circonstances, et le nom de l'abbé.
Cordiales salutations,
Rémy Ottaviano

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Message par Pierre FONTANARI le Mar 27 Mar - 8:00


De la part d'Abeille46:
"Bonjour,
je me retrouve à 100% dans le message de "OTTAVIANO Rémy que faire, que dire 50 ans après ?"
Je souhaiterais simplement apporter mon témoignage sur ce que j'ai vécu lors d'un camp scout à Saint-Jean de Sixt en Haute Savoie, troupes de Cahors (St. Etienne) et de Rodez réunies, j'avais environ 10 ans, j'en ai 75 à ce jour. Mon souvenir reste intact, et en parler toujours éprouvant. Seule ma femme connait ce fait.
Le jeune aumônier, a eu la même attitude que pour Rémy, et ma réaction ainsi que les conséquences ont été identiques.
Si jamais d'autres scouts ont été concernés, ou si cet individu a continué de sévir, mon témoignage pourrait apporter sa petite pierre.
Dieu merci, j'ai ensuite rencontré plusieurs prêtres exceptionnels, et c'est peut-être grâce à eux que je n'ai pas eu de conséquences importantes ?
Très cordialement."

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Message par viviane le Mer 17 Avr - 15:50

Bonjour à vous, quand je lis vos témoignages, j'ai envie de vous dire

Allez porter plainte, vous avez bel et bien été victimes, il n'y a rien à minimiser si ce n'est pour essayer de ne pas voir la souffrance engendrée. C'est important que tout cela soit mis à jour.

Bien à vous

Viviane. Je vous parle en connaissance de cause, trop longtemps restée dans le silence et minimiser cela aide dans un premier temps

viviane

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Message par Abeille46 le Mer 17 Avr - 17:59

Bonsoir,
Oui, mais contre qui ?
Je ne me souviens absolument pas du nom de cet individu, je le regrette.
Très cordialement.

Abeille46

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Message par viviane le Ven 19 Avr - 9:12

Désolée pour vous.

viviane

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Message par Abeille46 le Ven 19 Avr - 21:18

Bonsoir,
Je n’ai pas du tout l’impression ni l’intention de minimiser, mais devant ce fait vieux de presque 70 ans qu’est-il utile et surtout possible de faire ?

Abeille46

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Message par Jean-Luc HERY le Lun 27 Mai - 14:34

Bonjour Abeille et Rémy Ottaviano

J'ai été victime de pédophilie. Les faits sont restés enfouis dans ma mémoire. Puis ils sont remontés en plusieurs étapes. La 1ère étape: un flash vers 20 ans, je me suis dit "j'ai de la chance, ça ne m'a rien fait, je n'en souffre pas". Puis c'est reparti dans l'oubli de mon inconscient.

10 ans de vie chaotique après, les faits sont revenus brutalement ... et j'ai commencé à me rendre compte que j'avais été profondément atteint. Non les actes ne m'ont pas rien fait. Abeille, si vous dites aujourd'hui qu'en parler est éprouvant, c'est que ces souvenirs ne sont pas anodins. Rémy, vous avez été objet et victime.

Au départ je n'ai eu le souvenir "que" d'attouchements. Maintenant je me souviens de fellation et de pénétration anale avec les doigts. Quoiqu'il en soit je suis 100 % d'accord avec Didier, de "simples" attouchements peuvent autant traumatiser qu'un viol, voire plus. Tout dépend de l'état émotionnel, de l'affect qui rentre en jeu, etc, etc ...
Rémy les faits sont terrifiants: un adulte de confiance représentant l'autorité, la bienveillance et l'exemplarité menant vers Dieu, a nié votre humanité de petit garçon en faisant de vous un objet.

Alors parler, témoigner, peut vous permettre de vous soulager d'un poids inconscient.
Cela peut aussi aider d'autres victimes à oser parler. Et pourquoi pas à reconnaitre votre agresseur.
Il y a prescription, mais faire un signalement au procureur de la république - même sans le nom de l'agresseur - peut aider à constituer un dossier qui pourrait être utile à d'autres victimes.

Cordialement

Jean-Luc
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Message par Zum le Lun 27 Mai - 16:33

Bonjour Abeille 46, bonjour Rémy, bonjour à tous,

Je rejoins tout à fait Jean-Luc sur le signalement au Procureur de la République (celui du Tribunal de Grande Instance de votre région ou de la région où se sont produits les abus). Même si pour moi les abus remontent à 25 ans, donc moins longtemps que vous, l'association qui m'aide m'a fortement conseillée de déposer non pas une plainte, puisque les faits sont prescrits (à quand la suppression de la prescription ?!), mais un signalement : cela peut permettre de reconstituer un puzzle dont les services de justice peuvent avoir déjà plusieurs pièces... cela peut permettre de faire des rapprochements, enrichir des dossiers déjà existants ou en ouvrir de nouveaux, faire des recoupements avec d'autres cas... N'oubliez pas que pour vous deux, les faits sont lointains, mais les prêtres qui vous ont abusés ont pu continuer pendant un moment, pendant des années, des dizaines d'années ? Pour ma part, je pense que le prêtre qui m'a agressée a pu potentiellement commettre des abus pendant une trentaine d'années. Dans vos deux cas, sans doute y a-t-il d'autres victimes plus récentes...
Bref, votre signalement peut  indirectement aider d'autres victimes... Même si les faits risquent d'être prescrits pour elles aussi, cela peut vraiment les aider à se libérer de leur souffrance, quelle qu'en soit l'intensité, et à retrouver de la sérénité. Ne serait-ce que pour elles, n'hésitez pas.

N'hésitez pas non plus à faire un signalement sur coabuse.fr, outil mis en place par La Parole Libérée.

Rémy, vous dites que vous n'avez pas été victime mais "objet"... "Objet d'abus" selon l'expression consacrée, je l'entends bien. Mais le simple fait que vous isoliez ce mot et que vous l'utilisez comme vous l'avez fait, "n'ayant pas été victime mais seulement objet" me fait de la peine : vous n'êtes pas un objet, vous ne l'étiez pas au moment de l'abus, vous étiez et restez une personne. Votre abuseur vous a pris pour un objet, il ne vous a pas considéré comme personne. Le souvenir vif dans votre mémoire me laisse penser que, malgré tout, cela a pu quand même avoir un impact sur vous et peut-être des conséquences insoupçonnées; certes peut-être plus ou moins marquées, mais quand même. Pour ma part, je n'ai pas vu, jusqu'à très récemment, les conséquences réelles de l'agression que j'ai subie.

Abeille 46, vous ne vous souvenez pas du nom de votre agresseur... Peut-être une fouille approfondie dans les archives des groupes scouts (peut-être existent-ils toujours ?), vous permettrait-elle de le retrouver ? Si vous vous souvenez du nom de certains des scouts qui étaient avec vous, peut-être pourriez-vous en retrouver via les réseaux sociaux ?

De tout coeur avec vous,
Zum

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Message par Jean-Luc HERY le Lun 27 Mai - 18:41

Entièrement d'accord avec toi Zum pour tes précisions sur objet vs personne. Merci de le dire de cette façon aussi limpide.

Idem pour le puzzle que peuvent reconstituer les services judiciaires.

Pour ma part je suis la plus jeune victime connue de mon agresseur (j'ai 48 ans). Les plus âgés ont 80 ans ... Oui une "carrière" de pédophile c'est très très long Sad
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Message par Nadia le Mar 28 Mai - 21:48

Bonsoir,
Abeille46 et Remy, j'aimerais moi aussi apporter ma petite pierre.
Tout d’abord je partage totalement ce que vous tous avez pu répondre, Viviane, X, Jean Luc, Zum.
Je me permettrai de vous conseiller aussi dans un premier temps de parler de ce qui vous est arrivé, même cela fait très longtemps, à vos enfants, si vous avez la chance d'en avoir. Abeille46, vous nous avez confié n'en avoir parlé qu'à votre épouse.
Les enfants sentent tout, et quand on sent des choses et qu'on ne peut pas y mettre de sens...on imagine n’importe quoi, le pire souvent. Bon OK je vous vois venir...en terme de pire, on a un peu eu notre dose Smile
Mais cela pourrait éclairer vos enfants sur le papa que vous étiez et que vous êtes, et surtout, éviter que cette fichue patate chaude se transmette de génération en génération. C'est très délétère pour nos descendants.
En libérant ma parole auprès de mes enfants le mois dernier, j'ai mesuré combien mon histoire de petite fille de 7 ans avait pu les affecter, sans qu'ils puisse en saisir le sens, très souvent quand eux avaient 7 ans, et à partir de cet age.
Je suis vraiment très soulagée de leur avoir parlé vraiment, même si c'est difficile et si certains sont très touchés maintenant. J'arrive à ne pas culpabiliser de ce qu'ils ont mis en place pour de dépatouiller avec cette histoire inconsciente pour eux, pendant toutes ces années car j'ai fait ce que j'ai pu et je les aime de façon inconditionnelle. Je suis même fière quand je me réveille, (car c'est encore tout frais, et que je n'y suis pas encore habituée...) et je me dit : ah c'est vrai, c'est chouette! j'ai fait tout ce que j'ai pu!
Bien à vous tous


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Message par Abeille46 le Mer 29 Mai - 10:16

Merci pour toutes ces réponses, je vais dans ce sens ...
J'espérais un peu que quelques participants de ce camp scout à Saint-Jean de Sixt en Haute Savoie, troupes de Cahors (St. Etienne) et de Rodez réunies dans les années 50 se manifesteraient ... ça viendra peut-être.
Très cordialement.

Abeille46

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Message par Abeille46 le Mer 20 Nov - 17:05

Je viens de déposer mon témoignage auprès de la commission d'enquête et de compléter le questionnaire de l' IFOP.
Bonne journée à tous.

Abeille46

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Message par Jean-Luc HERY le Mer 20 Nov - 18:44

Super ! Plus on est nombreux à déposer notre témoignage, plus cela bougera.

J'ai été "auditionné" par un sociologue de l'Inserm dans le cadre de l'enquête de la Ciase, il m'a dit qu'ils croulaient sous le boulot. C'est "bon signe" pour nous.

Peut-être qu'avec ton témoignage, Abeille46, ils vont pouvoir faire le lien avec d'autres victimes et te proposer une mise en contact (c'était une de mes recommandations : la mise en relation entre victimes du même agresseur pour les victimes qui le souhaitent)
Jean-Luc HERY
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Message par Abeille46 le Jeu 21 Nov - 18:32

Merci Jean Luc pour ton message : je me suis en effet demandé si je le faisais ... ou pas ...
Tu as raison, plus on sera ...
Ça donnera surtout une idée de l’ampleur de ces violences et permettra, j’espère, d’en éviter un maximum.

Abeille46

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Message par Florob le Sam 30 Nov - 15:17

Bonjour,

Merci pour avoir ouvert ce sujet.

J'ai 54 ans.
Un de mes oncles, qui était aussi prêtre dans le SE de la France, m'a agressée de mes 5 ans à mes 12 ans environ. Il est passé à quelqu'un d'autre quand j'ai eu mes règles (je pense à sa filleule plus jeune).
Mon père, alcoolique, a fait la même chose.
J'avais occulté tout ça jusqu'à mes 35 ans à peu près. Avant, je ne comprenais pas pourquoi j'étais atrocement mal.

Malheureusement, en couple vers 22 ans avec le père de mon fils, sont survenus des abus avec lui aussi. Il faut croire que j'étais abonnée !
J'ai fini par le quitter, mais encore dans l'amnésie, je me sentais vraiment anormale car j'avais de gros pb sexuels. Je pensais que tout était de ma faute.

A un moment, on m'a appris que mon fils (4/5 ans) avait visionné 1/4 H d'une video porno avec son père. Je l'ai amené au CMP pour voir un psy.
Puis, en couple avec une nouvelle compagne, son père a abusé d'une des filles de celle-ci et est allé en prison. Dur pour mon fils !

A partir de là, certains souvenirs malheureux de mon enfance ont resurgi. Petit à petit, des flashs sont remontés, flashs que je ne comprenais pas. J'avais l'impression d'être dans un film.

Le médecin a fini par me donner l'adresse d'une psy que je suis allée voir. Mais je n'arrivais pas à parler. Elle m'a appris petit à petit.
D'abord, j'écrivais chez moi ce que je ressentais. En séance, elle lisait tout ça et nous essayions d'en parler.
Plus tard, elle m'a fait lire ce que j'écrivais et ça a été un vrai cauchemar, extrêmement dur !
Puis, passage à la parole sans passer par l'écrit.
L'abus sexuel est apparu dans la thérapie qui a duré quelques années.

Je doutais encore de ce que j'avais subi. A un moment, j'ai écrit à ma mère, mon frère et ma soeur, ce que notre oncle avait potentiellement fait.
J'ai fini par apprendre que ma mère et une de mes tantes (soeurs de mon oncle abuseur) avaient subi dans leur enfance, pour ma mère des attouchements, et des viols pour ma tante (elle n'a pas pu avoir d'enfant à cause de ça)
Du coup, j'ai vraiment cru ce qui m'était arrivé. Soulagement. Je n'avais pas rêvé !

En grande dépression avec idées noires, je suis restée 2 ans 1/2 en arrêt maladie, restant en vie pour mon fils car peur que ce soit son père qui s'occupe de lui après.
Anorexie, boulimie, panique dans les transports, dégoût d'odeurs, solitude, intégration quasi impossible à un groupe, crises de tétanie, angines à répétition, herpès génital, otites à répétition, somnambulisme (ouverture des volets, porte bloquée, ...) ...
Beaucoup de ces maux ont disparu grâce aux thérapies. Mais la nourriture est un gros pb au quotidien et, pour vivre, il faut malheureusement manger !

Après, à priori, être à peu près sortie de tout ça, c'est reparti .Je ne comprends pas pourquoi. Quasiment impossible de sortir (télé-travail, courses sur internet), de faire le ménage, m'occuper de la maison, du linge ...
Je ne réussis pas à aller aux rdv avec la psychiatre, le dentiste, le médecin ... Je perds petit à petit tous mes amis qui ne comprennent pas ce qui m'arrive. Téléphoner est trop difficile. Pas pratique, n'est-ce pas.

J'avoue que je ne sais pas si je vais m'en sortir. C'est la honte de ne pas y arriver. Les faits d'incestes sont si anciens.

Merci si vous avez le courage de lire ce gros pavé !

Florob

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Message par Zum le Dim 1 Déc - 0:08

Bonjour Florob,

Votre message m'a beaucoup touchée. Votre "pavé", comme vous dites, est bouleversant, votre histoire douloureuse nécessitait bien tant de lignes pour être racontée. N'en ayez pas honte et ne vous en excusez pas. Vous avez enduré et endurez encore tant de souffrances. Et, après une période où vous étiez redevenue plus sereine, vous traversez à nouveau une période difficile... Je ne sais comment vous dire ma profonde sympathie, et je suis certaine que beaucoup d'autres personnes sur ce forum vous liront avec bienveillance.

Les "passages à vide", je crois que c'est complètement normal d'en avoir, même si ce sont de gros, gros creux de vague comme celui que vous traversez en ce moment... J'ai été victime d'abus, certainement moins traumatisants que les vôtres, mais je vois bien que le chemin pour en sortir est loin d'être tout plat : des hauts, des bas... Des envies d'en sortir, des envies de tout lâcher... Des envie de voir du monde, des envie de ne plus rien faire et rester chez soi... Des envie d'entreprendre des choses, des moment où l'on se dit "à quoi bon..." Vous vous sentez honteuse parce que vous pensez que vous n'arrivez pas à vous en sortir ? Mais il n'y a AUCUNE honte à avoir ! C'est un chemin tellement sinueux. C'est incontestablement dur. D'autres vous le diront autant que moi.

En lisant votre message, par delà les événements que vous décrivez en eux-mêmes, je vois que vous vous êtes bien battue pour garder la tête hors de l'eau le plus possible pendant toute votre vie. Regardez-la, votre vie, "relisez"-la autrement : vous vous êtes extraite assez jeune d'une situation familiale toxique, vous avez pris conscience du caractère violent du père de votre fils et vous n'êtes pas restée avec lui, vous avez su trouver de l'aide extérieure précieuse à la fois pour votre fils et pour vous, vous avez tout fait pour protéger votre fils (il peut être fier de vous !), vous avez pris le taureau par les cornes en demandant des infos à votre famille pour pouvoir comprendre ce qui vous arrivait... Je ne peux pas m'empêcher de voir là une capacité de résilience bien réelle et ancrée. Qu'en pensez-vous ?

Demain, peut-être pourriez-vous faire juste une petite balade à pied dans un parc, dans une forêt près de chez vous, dans un coin de nature... Juste comme ça. Ou bien  faire un peu de jardinage si vous avez un jardin ? C'est peut-être une proposition naïve et dérisoire, mais moi, de marcher ou jardiner au grand air, écouter les oiseaux, sentir les odeurs de la forêt, ça me fait du bien. Après, j'arrive à faire quelque chose, même un tout petit truc, et je commence par quelque chose qui me plaît. c'est déjà ça. Le linge attendra, ou le repassage, ou le ménage...

Prenez soin de vous, Florob, vous le méritez.
Plein d'ondes positives à vous, et à bientôt !
Zum

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Message par Abeille46 le Dim 1 Déc - 9:47

Bonjour Florob,
je viens de lire le message de Zum alors que j'allais vous répondre, nous avons aussi été extrêmement touchés ma femme et moi par votre souffrance, je partage totalement tout ce qu'il vous dit et ne saurais le dire mieux . Surtout ne baissez pas les bras, vous avez eu déjà tellement de courage : avoir partagé va aussi vous aider à avancer encore.
Nous pensons très fort à vous et nous espèrons que vous aurez bientôt votre fils et vous, quelques rayons de soleil.
Abeille 46 (77 ans).

Abeille46

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Message par Nadia le Dim 1 Déc - 11:40

Bonjour Florob,

Ainsi qu'Abeille46 et Zum, j'ai été très touchée par votre témoignage. Merci et bravo à vous d' avoir offert ce partage.
Si vous ne l'avez pas déjà fait, je vous invite à relire les témoignages précédents dans le forum, vous connaitrez ainsi nos histoires à travers nos "pavés" Wink , nos ressources, nos difficultés, et mesurerez combien force et faiblesse sont intimement liées.
Correspondre à travers ce forum m'a beaucoup aidée car je me sentais enfin comprise, et surtout beaucoup moins seule (même si dans ma vie au quotidien je suis toujours très entourée.)
La force vous en avez n'en doutez pas, il en faut beaucoup pour être toujours là, présente et protectrice envers votre enfant.
Très chaleureusement.
Nadia
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Message par Florob le Lun 2 Déc - 1:06

Bonsoir,

Merci beaucoup pour vos messages bienveillants. Ca fait énormément de bien.
J'ai lu les autres témoignages. Eux aussi m'ont vraiment touchée.
Sur ce forum, il se dégage beaucoup d'empathie, de chaleur, de "non-jugement".
Parler et être compris, que du bonheur sunny  !

Zum, merci pour cette autre façon de voir mon chemin de vie.
Après la lecture de votre message, j'ai lu à nouveau le mien et différemment.
J'espère juste que mon fils trouvera un mieux-être.

Florob

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Message par Jean-Luc HERY le Mar 3 Déc - 19:18

Bonjour Florob

Je viens de lire votre témoignage, et les réponses. Zum a tout dit et je ne vais pas réécrire ce qu'elle a dit, mais vous pouvez relire son message de ma part Wink

Ce qui m'a frappé dans votre témoignage, c'est à quel point je me suis reconnu dans votre histoire.
Certes il y a des différences, par exemple je n'ai pas d'enfants.

J'ai 48 ans. L'oncle pédophile, l'amnésie traumatique, le doute à la remontée des souvenirs ... jusqu'à ce que j'apprenne que mon frère a été victime, idées noires, angines à répétition, problème avec la nourriture, solitude sociale, problème avec la sexualité, la honte, la culpabilité, il y a 1 an alors que j'allais mieux, énorme coup de mou, ... (si vous voulez, voici une courte vidéo récente dans laquelle je raconte une partie de cette histoire, cela pourra vous parler : https://youtu.be/_ZQ1ZktPwCY)

J'ai l'impression que c'est moi qui ai écrit votre message !
Cela montre à quels points les maux dont nous souffrons ne sont pas de notre fait, mais proviennent du poison que des déséquilibrés ont injecté en nous.

Alors puisque vous avez découvert le bonheur de parler sur ce forum ... au plaisir de vous lire à nouveau

Chaleureusement,

Jean-Luc



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Message par Florob le Mer 4 Déc - 10:26

Bonjour Jean-luc,

J'ai regardé votre video. Vous parlez très clairement de ce qui vous est arrivé et sur un ton très apaisé. Bravo.

Tout votre famille a-t-elle été solidaire de vous et vous a-t-elle aidé ? Ma tante et ma mère, victimes de leur frère, n'ont rien dit après ce que je leur ai raconté. Rien n'a transpiré dans le reste de la famille.

Comme vous, mon oncle venait en vacances chez nous et inversement. Quand j'ai demandé à ma mère pourquoi nous allions chez lui en vacances, elle m'a répondu "Je ne pensais pas qu'il s'en prendrait à mes enfants". Je ne sais pas si c'était de la naîveté ou si elle se voilait la face. Ma tante m'a dit de ne pas en parler à sa fille adoptive.

Quand j'ai parlé à ma mère de mon père, sa remarque m'a sidérée : "Il sautait sur tout ce qui bouge". Imaginez le choc pour moi ! Je ne me suis guère sentie soutenue ! J'y pense encore régulièrement.

Je me rappelle également d'une fois où mon oncle était en vacances chez nous et m'a suivie dans la salle de bains. Et je reconnaissais ce regard malsain.
J'étais sa "préférée" (j'ai un frère et une soeur). Mes parents, qui ne roulaient par sur l'or, avait accepté que mon oncle m'offre un vélo à Noêl et d'autres cadeaux, qu'il me paie mon permis. Rien pour mon frère et ma soeur.

J'étais également la "préférée" de mon père. Celle qui obéissait toujours, essayait de faire tout parfaitement et qui travaillait bien à l'école. J'étais vraiment contente d'aller à l'école, un peu comme un refuge.

Je me rappelle également, plus tard, un regard "vicieux" de mon père.

Pendant longtemps et  encore un peu maintenant, je ne supportais pas que qui que ce soit porte un regerd sur moi. Je repérais toutes les personnes qui ressemblaient à mon oncle. Je ne supportais pas me trouver face à un mur, avec quelqu'un dans mon dos, c'était la panique.

Jean-Luc, avez-vous suivi une psychothérapie pour vous aider à mieux vivre ?

Florence


Dernière édition par Florob le Lun 9 Déc - 10:48, édité 1 fois

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Message par Jean-Luc HERY le Dim 8 Déc - 22:54

Bonsoir Florence.

Pardon pour mon manque de réactivité.

Ma famille proche (mes parents, mon frère, mes soeurs) m'a cru et soutenu. Ensembles nous avons parlé et n'avons pas caché les choses quand les souvenirs me sont revenus.
Mon frère, victime lui aussi, n'aime pas parler de ça et évite le sujet malgré tout.

Nous sommes une très grande famille. La majorité de mes oncles/tantes, cousins/cousines m'a cru. Quelques uns ne m'ont pas cru. C'était curieux d'ailleurs. Un oncle et sa femme ne m'ont pas cru tout en disant que mes parents n'étaient pas assez méfiants (et cet oncle a choisi mon agresseur comme parrain d'une de ses filles) ... très contradictoires tout ça. Une autre tante ne m'a pas cru ... elle avait pourtant été approchée par mon agresseur quand elle avait 17 ans (au moins 20 ans avant ma naissance), elle n'avait rien dit et faisait attention à Perceveau à chaque réunion de famille (mais sans jamais prévenir qui que ce soit).

Je suis persuadé, qu'un pédophile ne peut agir que lorsqu'il y a de flagrants dysfonctionnements au sein de la famille, notamment avec une culture du silence.

Du côté de mes parents et frères et soeurs, certes j'ai pu parler, mais nous sommes une famille où nous parlons peu, et où on fait tut pour ne pas voir l'ampleur véritable des problèmes. En ce moment je me heurte à mes 2 soeurs et à mon frère qui refusent de voir la responsabilité du climat familial. Ils ne cessent de me dire "ne te trompe pas de coupable" ... mais Perceveau n'aurait pas pu agir sans notre silence complice à tous (que ce soit le mien ou celui de mon frère, ou d'une façon plus générale le manque d'expression des sentiments - amour, souffrance, etc ... - dans notre famille)

Il y a le silence. Il y a aussi l'emprise. On préfère ne pas voir et regarder ailleurs. Celui ou celle qui brise cela dans une famille remet en cause un équilibre, certes un équilibre malsain mais un équilibre tout de même, et cela perturbe les tenants du conservatisme familial. Ce que vous décrivez est très parlant, tout le monde se voile la face, sauf vous. Vous seule avez la force, la lucidité, le courage d'oser regarder les choses en face et de changer ce qui doit l'être. Bref celui qui parle dérange, c'est une certitude.

Je vis cela. Je parle donc je dérange. Peut-être moins que ce que vous décrivez de votre famille, mais je dérange c'est clair. J'ai ce sentiment depuis le début où j'ai commencé à parler.

Oui je fais une thérapie. Depuis plus de 15 ans maintenant. D'abord avec une première psy. Puis depuis 6 ans environ avec une autre qui m'apporte des choses différentes de la première. Sans leur aide je ne serai clairement pas là où je suis aujourd'hui. La thérapie c'est, pour moi, aller vers plus de lumière, plus de liberté, plus de compréhension, plus de confiance, etc ... Cela ne se fait pas sans difficulté, sans crise, sans dépense d'énergie, mais c'est vital pour moi. Indispensable.

Au plaisir de vous lire, Florence.

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Message par Florob le Lun 9 Déc - 10:42

Bonjour,

Le témoignage de Camille est très touchant.
Un frère abusant de sa soeur, je trouve ça encore plus malsain qu'un adulte et un enfant !

Le silence tue. J'espère qu'elle trouvera les moyens d'aller mieux.

Florob

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