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Histoire d'un garçon qui voulait devenir un homme

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Histoire d'un garçon qui voulait devenir un homme Empty Histoire d'un garçon qui voulait devenir un homme

Message par qubik Jeu 16 Mai - 13:02

Bonjour.

Je suis né à Rome en 1963. Je viens d'avoir 56 ans, et les épisodes que je vous raconte remontent à mon enfance et à mon adolescence, vécus à Rome, ville où je suis né et que j’ai quitté adulte.

Enfance difficile, parce que mon père ne m'aimait pas et me le faisait savoir par la mortification, je souffrais donc d'un horrible manque d'affection.
Ma mère, affectueuse mais « distraite », me fit fréquenter la paroisse des « saints Aquila et Priscilla », et brièvement aussi le groupe de louveteaux, dans le but de m’éloigner de la rue et de ses dangers, et parce qu’elle faisait confiance au clergé et à ses ministres.

Les souvenirs de mon enfance ont toujours été entourés de mystères, cachés dans les replis d’un univers secret. Et je ne me suis jamais trop penché sur ces replis invisibles mais palpables, car j’ai toujours voulu aller de l’avant, par devoir et par amour-propre, même si je me suis toujours demandé les pourquoi de mes excès d’adolescence.

Mes souvenirs se dessinent nettement seulement à partir de mes 13 ans, lorsque j’ai commencé à fréquenter les gosses les plus désespérés du quartier, et commencé à fumer des pétards, au collège. Puis des amphétamines et de l’héroïne au lycée, et à 15 ans j'étais héroïnomane.

Dans les années ‘70, la ville de Rome avait été recouverte d'un voile de poudre blanche destiné à briser une jeunesse dérangeante, et moi je me suis roulé dans cette poudre pour cacher la culpabilité que je portais en moi et dont j'ignorais l’origine. C’était un peu comme porter sur mes épaules le péché originel, celui qu’on veut nous coller dessus pendant les cours de catéchisme. Ou le péché de quelques ministres moralisateurs, comme la très catholique Rosa Russo-Iervolino, qu’à l'époque, ministre des Affaires Sociales, avait promulgué une loi condamnant les toxicomanes, malades et coupables de l'être. Loi soigneusement appliquée par la police qui ne m'épargna pas ses gifles et ses coups, mis à nu dans les commissariats.

J'ai interrompu mes études à quinze ans, même si j'ai continué à faire semblant d'aller au lycée jusqu'à mes dix-huit, bien évidemment en redoublant à répétition. Et je me suis drogué pendant presque dix ans, entre hauts bas, car j’arrivais toujours à m’arrêter au bord du précipice, grâce à ma naturelle adaptabilité sociale et à un travail quelconque d’ouvrier qui me permettaient d’exister dans le monde réel, et de résister au pire.

À l’aube de mes vingt-quatre ans, et comme si je sortais du néant, j’ai franchi d’un coup toutes les étapes de jeunesse et j’ai réintégré rapidement la société. Frais comme un adolescent soudainement devenu un homme, plein d’envies de faire, de rire et d’oublier. Je me sentais inexplicablement pur, propre, comme un ange qui a volé en enfer sans brûler ses ailes (même si j’y ai laissé quelques poils de cul).

Et il y a vingt ans je me suis installé à Paris, parce que je suis tombé amoureux de celle qui est devenue mon épouse, et j’ai inconsciemment cueilli l’occasion pour fuir Rome et mes souvenirs.

Je ne peux pas me plaindre de ce que j’ai pu construire : je fais un travail artistique, je suis devenu cultivé sans aucun diplôme, et j’ai deux enfants merveilleux que j’aime plus que tout. Mais au fond j’ai toujours vécu comme un chien errant. Ma vie n’est qu’un immense bricolage destiné à la survie, et ma conscience est comme un radeau de fortune.

Je suis un naufragé, un survivant, car de tout mon petit groupe d’amis je suis le seul qui se soit sauvé. Et j’ai eu aussi la chance d’avoir été épargné par le Sida tout en échangeant quotidiennement des seringues avec des séropositifs. Même si à dix-huit ans j’ai attrapé deux hépatites, la B et la C, cette dernière guérie dans la douleur il y a environ dix ans.

Il y a cinq ans, je me suis séparé de mon épouse. Cordialement, car nous nous aimons encore et nous nous considérons comme les meilleurs amis du monde. Mais me retrouver face à mes « mystères » et dans ma solitude, m’a fait sombrer dans une profonde crise.

Parce que me définir bisexuel n’a jamais été suffisant à comprendre mes désirs et mes doutes. Et parce qu’à dix ans j’étais tellement obsédé par le sexe que j’initiais tous mes camarades.
Et pourquoi tant de honte ? Pourquoi tant de sentiments de culpabilité ? Pourquoi ces fantasmes masochistes quand je n’aime que la douceur des caresses ?
Et pourquoi tout un pan d'enfance effacé ? Pourquoi à neuf ans et tout à coup, j’ai commencé à pisser la nuit dans mon lit et je laissais glisser de petites boulettes de crotte le long du pantalon ?
Et encore, pourquoi toute cette drogue, étant si jeune et avec une telle détermination, tout en ayant un caractère naturellement optimiste et généreux ?

Je pensais m’être drogué par faiblesse, comme une « fillotte » aurait dit mon père, même si ma vie m’a toujours montré le contraire. Je pensais aussi être bisexuel, assumé et libre de mes choix, un homme « évolué » en somme. Mais ce n’est pas vrai ! Je suis seulement un homme confus, victime d’une confusion venant d’un  lointain passé.

Mais quel passé ? Que se cache-t-il dans le passé ? Et où se cache-t-il ?

J’ai alors finalement commencé une psychothérapie, chose que j’avais toujours évité, inconsciemment. Et c’est ainsi que j’ai retrouvé une partie de mes souvenirs, ceux qui étaient cachés au plus profond de moi, mais dont je devinais les contours qui en émergeaient ... Parce que je me suis toujours souvenu des attentions malsaines de Don Angelo, de ses attouchements qui, entre autres, ont toujours nourri en moi un profond anticléricalisme qui m’a amené jusqu’à me débaptiser il y a une dizaine d’années.

Mais j’avais complètement censuré les aspects les plus scabreux de ce qui a violemment refait surface en moi, et qui m’a profondément choqué : à l'âge de 9 ans, Don Angelo Pio Loco Boscariol m’a violé dans notre église, et pas qu’une une seule fois !

La mémoire ne m’a restitué que trois brèves scènes répugnantes, trois horribles flashs de quelques secondes, tous à l'intérieur de l’église, dans un confessionnel et en sacristie.
C’était comme si ce jour-là j’étais monté dans une machine à remonter le temps pour atterrir dans le corps de mes 9 ans, me faisant violer, entre la consternation et le dégoût de l’enfant que j’étais, incapable de penser, de comprendre, incapable de bouger et de m’enfuir.

Je vis Don Angelo dans le confessionnel trafiquer dans ma culotte pour me pénétrer de ses doigts sales et grassouillets, car il était toujours sale et sentait toujours l'alcool. Et je sentis mes narines d’adulte fouettées par la puanteur nauséabonde de sa bave, tandis que sa bouche s’ouvrait grand sur ma petite bouille comme un gouffre. Me disant : « ouvre, ouvre ta bouche petit, ouvre » ! Pendant que je la serrais fermement, alors que lui il y força son énorme langue.
Je le vis me lécher partout, comme une bête excitée par sa proie, rigidifié et en état de sidération, me laissant faire dans l’espoir que cet ogre d’épouvante puisse me laisser finalement rentrer chez moi.

L’atterrissage dans mon corps d’adulte me fit presque perdre connaissance, et je m’enfermais chez moi pour pleurer deux semaines de suite, pour essayer de ressembler les morceaux de ma conscience brisée, les morceaux de ce radeau de fortune que je m’obstine à faire flotter sur un océan de mystères.

Et puis je me suis souvenu d’autres détails, jamais oubliés mais renvoyés aux oubliettes. Comme lorsque je m’enfermais dans la salle de bain me lavant en pleur, pour essayer de de chasser de mon petit visage la puanteur de sa bave, dans le secret, parce que j’avais honte et ne comprenais rien, vraiment rien. J’ai commencé alors à retracer furieusement mon passé comme si je déroulais la bobine d’un vieux film censuré, en essayant de rapiécer les coupures avec mes trois scènes sordides, et en fouillant dans ma mémoire comme un forcené pour trouver d’autres souvenirs. En vain.

Quelle honte que j’aie porté sur mes épaules, quel dégoût. J’en pleure encore. Et je me suis soudainement senti comme un petit enfant lâche, impuissant, faible. Mais comment ne pas l’être à cet âge. Comment rationaliser une violence si paradoxale ? Un enfant ne peut pas digérer les paradoxes venus d’un adulte qui symbolise la logique, l’autorité, l'ordre ! Et c’est à ce moment-là que commence la censure, l’oubli, celui qui te permets de survivre à un traumatisme sans toutefois en éviter les conséquences, qui sont aussi paradoxales, tout comme la violence que ce porc m’a infligé.

Mais comment faire face à cette conscience retrouvée, à cet âge adulte que je n’aurai jamais voulu vivre ?

Même si j’ai trouvé finalement une cohérence dans mon passé désordonné, je me suis senti et me sens encore profondément dépersonnalisé. Comme si mon destin n’avait jamais été entre mes mains, ni dans celles du seigneur (s’il en existe un) mais parmi celles d’un porc en soutane ... Et moi j’étais appétissant, blondinet, sensible, en quête permanente d’affection : la proie idéale.
Il a volé mon destin, mon innocence, mon enfance, ma jeunesse et ma dignité d’être humain. Il a aussi volé ma sexualité, car à la lumière des faits je me demande si je suis vraiment bisexuel. Je suis peut-être un hétéro qui s’ignore ou un homo qui ne pourra jamais s’assumer. Je ne le saurais jamais...

J’étais tellement hors de moi que j’ai commencé à boire. Et malgré mes décennies de distance de tout ce qui est psychotrope, pour quelqu’un comme moi la déscente devient rapide. J’ai bu pendant deux ans, me cachant de mes enfants pour supporter l’insupportable. Ensuite j’ai été aidé, car heureusement en France existent des structures publiques qui soignent les victimes de traumatisme. Au moins à Paris, en province on a moins de chance.

Maintenant je vais bien et j’arrive à ne plus avoir honte. Je n’ai même pas honte d'avoir commis des petits vols quand j’étais adolescent, ni de m’être prostitué encore mineur pour acheter quelques doses. J’ai vécu ces années retranché comme dans une guerre, et en guerre on ne pense qu’à la survie. J’ai toujours été honnête et aujourd'hui je le suis exagérément, d’une façon quasi extrémiste, car j’ai tout fait pour la garder intacte, pour la comprendre et la conquérir, et parce que de cela découle ma dignité d’homme, et j’en suis fier oui, fier d’être devenu un homme. Si le Seigneur existe vraiment (et dans mon cas c’est difficile à croire) il saura me comprendre, et je pourrai finalement commencer à vivre avec moi-même sans honte, même celle puérile de l’enfant qui pisse dans son lit terrifié par un ogre d'épouvante.

J’ai marché pendant des décennies comme un mutilé qui s’ignore, avec une prothèse de fortune que la réémergence des souvenirs à fait voler en éclats. Maintenant j’en construis une nouvelle, plus belle, plus forte et en pleine conscience. Mais je ne me fais pas d’illusions, car même si je pourrais courir avec, je resterais comme je suis : un mutilé. Nous ne sommes pas comme les lézards auxquels repousse une queue, nous nous habituons seulement à nous regarder sans elle.

Et j’écris ce texte seulement « ad memoriam ». Il est maintenant trop tard pour faire quoi que ce soit, plus de 40 ans se sont écoulés. Mais j’aurais toujours besoin de justice. De la justice des hommes non pas du divin.

Don Angelo Pio Loco Boscariol est décédé en août 2015 à l'âge de 93 ans, après une longue et déshonorable carrière : incardiné en ’77, puis Monseigneur et enfin Aumônier du Pape. Félicitations Monseigneur, je commençais à goûter à l’héroïne quand vous avez été incardiné.

Lire l'éloge de sa mémoire sur le site du groupe scouts Roma 135, dont je faisais partie, m’énerve profondément. Et je ne suis pas sa seule victime, deux autres se sont manifestées après la publication de cette lettre sur une page Facebook de mon quartier romain, un grand quartier densément peuplé et populaire. Et je tiens plus que jamais à laisser mon témoignage « historique », car certaines histoires doivent être racontées pour éviter qu’elles se réitèrent, et nous avons tous le devoir de protéger nos enfants.

En pleine crise, j’ai adressé des courriers très « pieux » à l’actuel curé, pour lui parler de mon histoire et pour solliciter une rencontre, qui m’aurait fait du bien, j'en avais besoin. Il ne m’a jamais répondu.
En colère j’ai alors écrit aux jeunes chefs éclaireurs, mais eux aussi ne m’ont pas répondu.
J’en suis arrivé à écrire à l’association des géniteurs de la paroisse et au Cardinal Angelo de Donatis, une grande pointure au Vatican.
Personne ne m’a répondu !

Grâce au soutien de l’association italienne « Rete l’Abuso » affiliée à « La Parole Libérée », l’année dernière j’ai envoyé à la paroisse et au Vicariat une mise en demeure en civil. Leurs avocats m’ont promptement répondu par lettre recommandée, déniant toutes responsabilités et me rappelant que Mons. Pio Loco Boscariol est décédé. Assortissant le tout avec une listes d’articles de loi (civile et non canonique) et concluant la missive avec une « paternelle bénédiction ».

C’est ce qu’ils appellent « miséricorde chrétienne ». Et ils me font vraiment vomir.
Mais ils ne me laisseront pas sans voix, pas sans paroles, parce que mes paroles se libèrent.
Et parce que le silence continue à tuer, non seulement moi-même, mais aussi nos enfants.


Dernière édition par qubik le Mar 21 Mai - 14:43, édité 1 fois
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Message par cigale38140 Jeu 16 Mai - 17:45

Bonjour quibik
Que de courage , de force ,  de dignité, d'honnêteté et ect ..Votre parcours est à la fois terrifiant , et magnifique . Oui magnifique ,  car vous avez su garder votre dignité et votre honnêteté extreme que je comprends très bien .....Je déteste le mensonge , comme beaucoup de victimes peut être ! . Tout cela   vous à porté, et a  fait ce que vous êtes aujourd'hui . Je comprends bien quand  vous parlez de :  solitude de victime , retranché comme dans une guerre , survie , chien errant.. Ces mots sont forts et très justes ..On est déstructurer , en mille morceaux intérieurement . Qui regarde cet enfant , pendant cette période ?  Chaque victime sait la force silencieuse qu'il faut pour survivre , et relever la tête, et la garder haute ! Certains y laisse leur vie .  Vous avez eu le courage de faire une psychothérapie qui bien sur  vous met face à la violence de vos souvenirs . Mais c'est inévitable, il faut passer par cela pour mettre de l'ordre parmi ses zones d'ombres .Après l'horizon s'éclairci peu à peu . C'est posé comme vous avez poser ici sur ce site . Très important de poser et de savoir que vous allez être lu .cela s'appelle la reconnaissance ,. Sans la reconnaissance , l'humain ne peut pas avancer ni évoluer .  Effectivement c'est uniquement  sur Paris que l'on trouve des thérapeutes formés aux trauma et amnésies post traumatiques  . Il y a de quoi faire dans notre société ,... autant que dans l'église ! .Continuez à ne pas être sans voix  . Oui le silence tue , en silence ..Soyez fier de vous .  Bien avec vous
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Message par qubik Ven 17 Mai - 15:56

Merci Cigale pour tes mots gentils,
Je recopie ici ce que je viens d'écrire sur ton propre témoignage, pour que nos deux fils respectifs restent ouverts, et parce nous écrivons pour être lus, pour qu'on sache ce que ça fait, et tout ce qui doit être fait et ne l'est pas, à cause d'une église que malgré des timides "mea culpa" ne fait rien de concret pour protéger ce que nous avons de plus précieux : nos enfants et leur innocence et intégrité. Ni pour réparer ses torts, car comme on dit bien dans ces contrées "grâce à Dieux tout est prescrit".
---------------
Ton histoire est terrible, comme celle de toute ta fratrie, meurtrie et assassinée par un seul homme, un oncle pédophile ordonné comme prêtre. Ça me mets dans une colère noire, en sachant en plus que sa diocèse connaissait ses agissements, et n’a rien fait ni pour vous protéger, ni pour protéger les autres enfants qui côtoyait ton oncle au sein de l'église.
Et ce n'est pas le "motu proprio" du Pape qui est venu changer quelques chose à cette monstruosité, car si les membres du clergé sont désormais obligés de dénoncer à leurs supérieurs tout agissement de ce type, rien ne les obliges à dénoncer aux autorités judiciaires du pays où ils ont été commis les crimes. Le Pape fait donc semblant de changer les règles, alors que rien ne change, ni le secret, ni l'impunité dont jouissent ces criminels.
Je t'embrasse fort et je te comprends parfaitement quand tu dis que "tout n'est pas réglé" pour toi. Pour moi non plus, tout n'est pas réglé et fondamentalement ne le sera jamais. Ma blessure restera toujours, même après son refermement (si j'y arrive), car comme je le disais, si nous pouvons courir avec une prothèse invisible, nous resterons toujours ce que nous sommes : des mutilés, dans l’âme et dans le corps.
Par contre, j'exige que tout cela soit réglé au niveau de la justice et de l'église, car je ne veux plus voir des vies détruites par ces monstres. Mais malheureusement nous sommes loin du compte, et l'église ne fait que réitérer son déni. Raison de plus pour continuer à témoigner et à hurler notre rage et notre soif de justice.

Soit aussi fière de toi, tu peux l'être et tu le mérites. Sincèrement.
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Message par Jean-Luc HERY Lun 20 Mai - 14:19

Re-bonjour Qubik
Je réponds à ton témoignage sans avoir lu les autres réponses. Quel témoignage ! Quel parcours de prise de conscience. Je dirais même de réappropriation de ton corps, de ton histoire. Il t'a volé beaucoup de choses, mais tu es toujours debout, et fier peut-être (tu dis "sans honte"). Fier tu peux l'être. Quelle force ! Quel courage ! La honte c'est à lui de la porter, et aussi à tous ceux qui ont rendu cela possible, les soi-disant "homme de Dieu" !
Je suis admiratif de ta volonté, de ton envie de parler, et de la puissance de ton témoignage. Il est clair que tu es une très belle personne !
Le sénat a mis en place une mission parlementaire sur les crimes sexuels sur mineurs. Tu peux envoyer ta contribution ici : http://www.senat.fr/commission/missions/infractions_sexuelles_commises_sur_mineurs.html
Et il y a aussi une commission mise en place par l'église (la CIASE), je ne leur ai pas encore apporter mon témoignage, donc je n'ai pas plus d'info/lien à te donner sur elle.
Jean-Luc
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Message par Jean-Luc HERY Lun 20 Mai - 14:23

Je viens de lire la réponse de Cigale... je m'associe mot à mot à ce qu'elle t'a écrit.
Merci à tous les 2 pour vos écrits.
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Message par qubik Lun 20 Mai - 18:49

Merci Jean-Luc, tes mots me font bien au cœur.

J'espère que tu trouveras des témoins, car si ton violeur est décédé, reste le besoin de mémoire, qui devient aussi un devoir face à cette église qui est incapable non seulement d'assumer ses crimes du passé, mais surtout de créer les conditions pour que ces crimes ne se reproduisent plus. Du reste le récent "motu proprio" du Pape est encore une vaste fumisterie, car il ne change rien aux règles du silence et au secret, alors que la seule solution pour que l'église devienne une institution comme les autres est celle d'obliger ses ministres à dénoncer aux autorités judiciaires des pays où ils ont commis leurs crimes.
Et en Italie c'est bien plus grave, car le secret du Vatican et des registres est inscrit dans la loi, pour te dire qu'un procès Barbarin n'est pas possible dans ce pays car pour un prélat l'omission de dénonciation n'est pas un crime (tu peux lire à tel propos ce que j'ai écrit dans la section "actualités" concernant la grave anomalie italienne, qui vient d'être condamnée par les Nations Unies).

Concernant ce que tu m'écris sur le post de Cigale, peut-être qu'un jour je me sentirais "guéri", et je l'espère aussi pour Cigale et pour toi Jean-Luc. Mais mes métaphores du "mutilé" et du "lézard" je les ressens vraiment au plus profond de mon âme, depuis que j'ai eu les flashs et malgré mes presque 4 ans de thérapie. Car il n'y a pas que le curé, mais toute une vie d'avant et d'après. Je pensais avoir fait ma "résilience" en mettant mes excès juvéniles sur le dos de mon père (qu'encore je haï), mais aujourd'hui je suis obligé de tout reconsidérer, de tout revoir, car tu peux t'imaginer que la vie d'un toxico de 15 ans est d'une extrême violence. Violence que je subissais quotidiennement en faisant semblant d'y être imperméable, d'être cet ange "pur" qui vole en enfer sans brûler ses ailes.
Aujourd'hui tout me revient à la figure comme une douche froide, tout un tas de souvenir horribles, et pour la première fois je me rends compte d'avoir baigné toute ma jeunesse dans cet univers glauque, que pour moi était "normal". Et même quand j'ai vécu finalement en paix je n'ai jamais remis en discussion ce jugement, ça m'aurait fait trop mal.
C'est très dur à assumer, et même si j'ai arrêté net de boire, je n'ai pas encore arrête de pleurer tout ce que je n'ai pas pleuré à l'époque, comme la mort d'overdose d'un copain devant mes yeux, il avait 17 ans. Voilà ce qui est paradoxal, de revoir ce film sans les yeux bandés. Ça me blesse, alors qu'à l'époque j'en suis sorti indemne.
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Message par Jean-Luc HERY Lun 20 Mai - 22:14

Oui paradoxe c'est bien le mot.
Le travail psy fait d'abord du "mal" pour faire du bien dans un second temps car on se libère. Mes proches "doutent" parfois de l'utilité de ma thérapie quand parfois cela me perturbe à un tel point que je redeviens presque un légume. Mais à chaque fois à moyen terme c'est un progrès. L'image que j'ai pour parler de ce travail, c'est que la psy ouvre mon crâne plante une cuillère dans mon cerveau et remue toute la merde... Très désagréable ... mais au final ça soulage. La merde peut sortir de moi. Et je redonne à qui de droit des souffrances qui étaient en moi et qui ne m'appartenaient pas, dont je n'étais pas le responsable.
Je ne peux mesurer toute l'ampleur de ta souffrance mais ton récit de vie montre bien que cette souffrance est énorme. ... Et ton récit de vie montre bien à quel point tu es fort d'être toujours debout aujourd'hui, d'être cet homme épris de justice et d'honnêteté ... comme le sont les anges !

Je comprends les métaphores du mutilé ou du lézard, moi je disais qu'il m'avait volé mon sexe. Je voyais l'image de mon corps avec une tête, un torse, des jambes, mais entre les deux comme si je portais un maillot de bain qui rendait toute la région du bassin invisible. Amputé du bassin, du sexe, des fesses ... Je commence à me réapproprier cette partie de mon corps. Comme le lézard, ma "queue" repousse !!!

Je sais aussi qu'ouvrir les yeux, même si ça peut faire mal tellement on est ébloui négativement, c'est le chemin vers le mieux être. Pleurer c'est génial aussi, tu y arrives c'est super, moi je n'y étais arrivé que trop peu, cela a changé et c'est bien.

Si tu aimes bien les stones, ils ont écrit une chanson pour toi ... Angie ;o)
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