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Philippe Camper

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Message par philippe camper le Lun 20 Avr - 16:55

Depuis plusieurs années, ensoutané de noir, il sortait de la Dauphine de la même couleur qu'il garait devant chez nous. Des visites régulières à une famille nombreuse très chrétienne.
Il circulait dans l'Est de la France et "recrutait" - travail de longue haleine - des enfants, des adolescents désireux (!) de poursuivre leurs études dans un établissement qui dispensait une bonne éducation .... leur ouvrant la voie vers la prêtrise.
Après le repas à la table familiale, car arrivé un peu avant la fin de la matinée, ... il m'amenait avec lui dans sa tournée locale, le temps d'un près-midi.
Au fil de ses visites j'avais fini par succomber aux images de voyages missionnaires .... et, à ma demande, je partis au Petit Séminaire.
J'avais à peine 14 ans, n'étais pas très dégourdi, un brin timide, et j'intégrai l'Ecole du Sacré-Coeur, à Raon L'Etape, dans le département des Vosges.

D'emblée ... un choc ! On me donne des cours d'allemand alors que j'ai déjà 2 ans d'apprentissage de l'anglais, ce que n'ignorait pas le "recruteur", devenu comme par hasard mon professeur d'allemand... et dont j'étais l'unique élève. Il fallait bien me mettre à niveau.
Ma première leçon, pour une raison sans doute fallacieuse ... se passa - devinez où - dans sa chambre. Et très rapidement une main qui n'était pas la mienne parcourait mes cuisses et mon entrejambe.
Je me plaignis à mes parents, par courrier (la pension nous éloignait pour 3 mois de la maison familiale),de l'absence professeur d'anglais , sans évoquer les attouchements, à tort ou à raison, par crainte ou à cause de la honte ressentie ...laissant hélas la voie libre à d'autres approches malveillantes.
De toute façon mes parents ne reçurent jamais ma lettre , interceptée par le Père Supérieur (JM Abel). Pas de question de sa part. Juste la promesse de me trouver dans les plus brefs délais un enseignant d'anglais. Et pour moi la certitude que j'étais muselé, sachant que mes courriers seraient seraient filtrés. Autorité - Rapidité - Efficacité.

J'étais un enfant studieux, mais moyen et je poursuivis ma scolarité avec la ferme intention de ne plus jamais revenir en ces lieux.
Au fil de l'année scolaire j'eus à entendre de mes camarades de situations du même style, dans les douches, qui valaient à coup sûr à leurs auteurs un départ précipité pour un autre établissement  qui leur offrirait de toute façon les mêmes opportunités pour leur permettre de continuer à enseigner l'amour de Dieu dans les alcôves, les salles de bain et de cours.
Ce n'était donc pas un cas isolé dans ce collège où les prédateurs étaient plus ou moins discrets, ce que le Père Supérieur n'ignorait pas.
Côté victimes, blessées et parfois honteuses à tort : RAS. Circulez, y'a rien à voir !

Il m'est arrivé de me rebeller face à un prêtre, qui faisait office de Surveillant Général (P. Mangin), en mettant en avant son favoritisme vis -à-vis d'un élève. Sa réponse , brutale, m'est arrivée sous forme d'une gifle d'une violence qui m'avait littéralement sonné. Et je pense depuis quelques années seulement que mon impertinence avait frappé dans le mille. Les "chouchous" existaient et ça se voyait.

Eté 1962 . Je fais enfin part à mes parents de mon désir de ne pas poursuivre une année de plus au Sacré-Coeur, sans pour autant parler du fond du problème. Le sexe étant tabou et honteux dans notre éducation ... c'est moi qui me sentais gêné, honteux, mal à l'aise ... Je pense que mes parents n'imaginaient même pas , ou si peu, la situation qu'ils n'osaient peut-être pas l'aborder de front. Et leurs tentatives me faisaient osciller entre silences et mensonges,......

Mes parents font part de ma demande à la direction. Je n'ai pas eu connaissance d'une réponse. Mais changer de collège au mois de juillet est impossible.... je repars dans ma prison pour l'année 1962-1963
J'étais devenu un petit mouton noir dans ce collège. J'étais devenu plus nul que nul ... notamment en enseignement religieux où j'obtenais la note de 1/20 à la 15ème place d'une classe de 11 élèves. Exclu, démotivé, rebelle et sans doute un peu provocateur .... je tiens bon.
Juillet 1963. Libération. L'été s'annonce bien.

QUE NENNI !

Courant Août début Septembre (1963, oui) ... le recruteur annonce sa visite à mes parents, qui m'en font part.
"S'il vient je ne serai pas là".
Je me cache, je surveille, il arrive (gonflé ... non?)
Il repart plus vite que prévu. Je réapparais.
Aucun reproche de mes parents pourtant à cheval sur la politesse ... La lumière se fait elle en eux ? Ils subiront sans doute la pression de l'Eglise ... pour se taire et prier. Je suppose.

Pour moi, 71 ans, la religion et l'Eglise ont depuis longtemps quitté mon quotidien. Qu'importe !
Toute cette partie de ma vie reste omniprésente sur le disque dur de mon existence. Je n'arrive pas à l'effacer. Puisse la parole me libérer et m'apaiser un peu.

Heureusement, malgré tout la vie est belle sous bien des aspects.

J'ai longtemps cherché L'Abbé Edmond Kraemer . Un homme trop "discret".
J'ai ses coordonnées depuis le 2 janvier 2017, jour de sa disparition.
Belle carrière. 63 ans de prêtrise et de traitrise. Il ne sera pas poursuivi.
S'il a été pardonné par son dieu dans le silence du confessionnal ....
.... l'aurait-il été face à ses victimes ?

Si ce qu'il enseignait de l'au-delà de son vivant se révèle être vrai, Satan prendra bien soin de lui.


(Ce que je viens d'écrire fait-il écho aux oreilles de quelqu'un dans ce Forum ?)

philippe camper

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Message par Jean-Pierre MARTIN-VALLAS le Lun 20 Avr - 17:58

Non, moi c'est un jésuite à Paris. Mais avez vous transmis ce témoignage à la CIASE? amicalement
JP Martin Vallas

Jean-Pierre MARTIN-VALLAS

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Message par philippe camper le Sam 25 Avr - 12:32

Jean Pierre

Je n'avais pas informé la CIASE.
C'est chose faite désormais.
Merci
Ph CAMPER

philippe camper

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Message par Jean-Luc HERY le Sam 16 Mai - 19:42

Bonjour Philippe

Oui ce que vous avez écrit fait écho à mes oreilles.
Pas dans le contexte. Moi c'était un curé ami de la famille, notre oncle d'adoption (on l'appelait "Tonton l'abbé"). Je ne suis jamais allé en pensionnat ou au petit séminaire.

Là où je me retrouve c'est dans l'aplomb de l'agresseur qui rend visite à vos parents. Le mien a marié mon frère devant un parterre dans lequel il y avait moi comme victime mais quelques autres aussi qui n'avaient pas encore parlé à l'époque. Le mien était capable de me tripoter et d'aller prendre le petit déjeuner en échangeant des banalités avec mes parents ... "Joli" aplomb !

Je me retrouve aussi dans le fait qu'il était impossible de parler de sexualité avec mes parents, eux aussi très pratiquants. Education sexuelle ? Ah y'a des parents qui le font ? Pas les miens ! Le sexe était tellement caché et non dit que je me demande bien comment je suis né ...

Pour moi également cette partie de ma vie reste présente sur mon disque dur. Mais elle y restera à jamais. Mon but n'est pas de l'effacer mais de la digérer, long processus qui avance petit à petit ... à force de paroles. Et l'église a aussi quitté mon quotidien, au point que je suis apostasié depuis janvier.

Merci à vous pour votre témoignage qui permet, comme avec chaque témoignage, de constater que même si les faits diffèrent, on n'est pas tout seul embourbé dans nos histoires qui présentent des points communs.

Bien à vous

Jean-Luc
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Message par Jean-Luc HERY le Sam 16 Mai - 19:43

Ah et super pour la Ciase !!!
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Message par philippe camper le Ven 29 Mai - 16:48

Bonjour Jean-Luc

Merci pour votre réponse ... de mi-mai.

Il est important de rompre ce silence destructeur et de dénoncer les auteurs de ces actes, qu'ils soient vivants ou décédés. Libérer la Parole a permis d'apprécier l'étendue des dégâts. Les victimes sont clairement définies comme telles ... et les prédateurs aussi "dans leur catégorie".
Finis les tabous, les silences forcés, les "petits-pardons-entre-amis" qui protégeaient les criminels.
Et nous, victimes, n'avons plus la honte sur nous.

Mais ... que l'Eglise reste lente à réagir avec fermeté ! Et pourquoi ?
Une façon de se tirer une balle dans le pied.... de perdre la face ... et de se déconsidérer un peu plus au regard de tous.

J'ai quitté l'église sans difficulté .... elle m'avait déjà poussé dehors !!
Il ne me fut pas toujours aisé de me reconstruire mais, en dehors des croyances qu'on a essayé de nous inculquer,  il est plus facile de raisonner en toute liberté.

J'aime bien cette citation dont j'ignore le nom de l'auteur :
" Je n'ai rien contre Dieu, mais je n'ai aucune confiance en son personnel au sol".
Un agnostique peut-être !

Allez ... soyons porteurs d'humanité. Et fuyons les dogmes .

Bien cordialement

Philippe

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Message par Jean-Luc HERY le Sam 30 Mai - 8:27

Bonjour Philippe

En vous lisant je ne peux m'empêcher de vous livrer cet article du Journal La Croix, glané sur une page facebook hier. "pourquoi l'église reste lente à réagir avec fermeté" ... Voici la vision opposée de 2 curés qui peut apporter un éclairage sur ce constat effarant. On n'est pas sorti de l'auberge Laughing

La récente publication des résultats de l’enquête menée sur les agressions sexuelles reprochées au père Finet, cofondateur des Foyers de charité, comme ceux portant sur Jean Vanier ou d’autres figures charismatiques dans l’Église, suscite le doute de certains fidèles. Ceux-ci mettent en cause le bien-fondé des commissions d’enquête post mortem, mises en place par les communautés fondées par ces hommes, en concertation avec le Saint-Siège.

La procédure pénale canonique seule ne suffit pas

Père Emmanuel Boudet

Professeur de droit canonique à la faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins. (Source : E. Boudet)

Enquêter sur des morts, l’Église le fait déjà depuis longtemps : qu’est-ce qu’un procès en béatification, si ce n’est faire mémoire de ce que des personnes ont vécu et vérifier s’il y a des parts d’ombre dans leur parcours, à travers des archives, des témoignages ? Certes, il n’y a pas de procédure pénale canonique à l’encontre d’un mort, mais ce n’est pas pour autant qu’on peut dire : « Circulez, il n’y a rien à voir ! » Cela voudrait dire qu’on ne pourrait plus rien dire sur des personnes à partir du moment où elles sont mortes ? Avec un tel argument, on tue l’histoire, la politique, et même la relecture des expériences de vie ! La recherche de la vérité historique ne se résume pas à suivre la procédure pénale canonique et à un débat contradictoire, puisque seuls certains protagonistes peuvent encore parler.

S’il n’y avait pas de plaintes de victimes présumées, il n’y aurait pas de raison de lancer une enquête. C’est une obligation liée à la vertu de justice. Mais les dénonciations sont publiques et il faut bien explorer les faits pour y répondre. Et plus spécialement lorsque bien des gens considéraient impossible que tel prêtre a pu commettre de tels abus et l’avaient déjà pour ainsi dire béatifié ! Les victimes ne peuvent intenter de procès pénal canonique à l’encontre d’un défunt, mais elles seraient tout à fait autorisées à demander une forme de réparation à l’institution. Et pour qu’il y ait réparation, il faut que l’on puisse définir ce qu’il y a à réparer. Cela oblige à prendre d’autres moyens que la procédure pénale pour rechercher la vérité. C’est la tâche de la commission d’experts, qui va entendre les personnes, examiner le modus operandi du prêtre, le profil des victimes – qui, la plupart du temps, ne se connaissent pas –, la répétition des faits, leur durée, étudier s’il y a une certaine vraisemblance et, à la fin, faire état publiquement de cette vraisemblance.

Ces commissions, du reste, ne jugent pas le défunt en se refusant à qualifier pénalement les faits. Elles ne font que dénoncer des actes précis qui amènent à changer le regard sur le prêtre incriminé. La diffamation aurait été de dire les choses sans enquêter au préalable dans un esprit de calomnie. En revanche, ce sont les attaques contre les membres de ces commissions, leur moralité et leur autonomie que je trouve diffamantes. Ces experts avaient-ils un intérêt à détruire le père Finet ou Jean Vanier ? Quant aux communautés, quel intérêt avaient-elles à dire une vérité si rude sur leur fondateur, alors qu’elles-mêmes étaient encore dans l’admiration ? Leur intérêt était bien plutôt de se taire. Alors pourquoi ne se sont-elles pas tues ? Parce qu’elles pensaient que la vérité est une nécessité théologique, ecclésiale. N’oublions pas aussi que, dans le cas du père Finet ou de Jean Vanier, les communautés ont agi en parfaite concertation avec le Saint-Siège et la Conférence épiscopale de France.

Recueilli par Céline Hoyeau

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On ne déterre pas les morts pour les juger !

Père Bernard du Puy-Montbrun

Doyen émérite de la faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Toulouse, avocat ecclésiastique auprès de l’Officialité interdiocésaine de Toulouse. (Source : coll. particulière)

En matière de législation pénale, le droit canonique ne prévoit pas qu’il faille juger les morts, ni la société civile. En cas de décès, l’action de la justice est éteinte car il n’est plus possible d’instruire à charge et à décharge, et encore moins de juger et de condamner puisque l’autre partie ne peut pas être entendue. On ne déterre pas les morts pour les juger ! Il en va de même en matière de prescription : passé un certain délai fixé par la loi, l’action de la justice ne peut pas se poursuivre. Avec le temps, les souvenirs se modifient et sont chargés par autre chose. Dans le cadre de faits prescrits, on ne peut pas recevoir la plainte de victimes supposées. Il est faux de dire que l’Église autorise les victimes supposées à demander la levée de la prescription légale. Seul le pape, de façon exceptionnelle, peut éventuellement l’accorder à la demande de l’évêque après une enquête licite. De nombreuses demandes ont été refusées par Rome. Le drame actuel est de penser que l’évêque peut condamner sans tenir compte des délais de la prescription et parfois en déformant les conclusions d’une enquête canonique.

Actuellement, ces règles ne sont pas respectées par manque de culture juridique. La valorisation actuelle de prétendues victimes fait qu’elles ont raison, et celui qui est dénoncé est d’emblée coupable et voué à la mort sociale. Or une accusation ne fait pas en soi une culpabilité. Une enquête doit être menée en respectant les règles du droit pénal canonique et de ses procédures. Ce qui implique le respect de la présomption d’innocence, de la réputation des personnes, du secret de l’enquête, des droits de la défense pour les uns et les autres, et celui de la prescription. Lors du procès du cardinal Barbarin, il a été dit à juste raison que « l’émotion ne crée pas le droit ». En réalité, la justice se fonde sur des faits à partir desquels une personne va se plaindre et l’autre partie s’expliquer. Il convient de vérifier ainsi les faits, au nom du droit, sans avoir à les mettre tous sur le même plan (un toucher corporel n’est pas un viol). Ils n’ont pas tous la même portée mais sont parfois interprétés par des non-professionnels comme étant dramatiques.

Il y a des formules simplistes consistant à affirmer : « La souffrance est imprescriptible ! » Ce n’est pas de cette façon enfantine que la justice travaille. Il y a deux butées sur lesquelles la justice s’éteint : la prescription et la mort. Deux normes indispensables pour l’équité judiciaire, la paix et la cohérence de la société. Ajoutons qu’il ne convient pas de confondre justice et morale. Dans le meilleur des cas, l’Église enquête, impute, juge et se prononce toujours selon le droit. Malheureusement, des décisions sont parfois davantage politiques et guidées par la peur.

Recueilli par Céline Hoyeau
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